Radio SCOOP fait le point avec Guillaume Séchet, météorologue et fondateur du site Météo-Villes.
Radio SCOOP : On a connu des températures quasi printanières il y a encore quelques jours, et là, d'un coup, on observe une chute brutale. Pouvez-vous décrire la situation ?
Guillaume Séchet :
"Le terme "vague de froid" est un peu exagéré. On l'emploie parce qu'il y a un contraste très fort entre les températures exceptionnellement douces de ces dernières semaines et ce qui arrive maintenant. On a vraiment l'impression que l'hiver revient, mais il ne s'agit pas d'une véritable vague de froid.
Pendant plusieurs semaines, on a été sous l'influence d'un air très doux, voire chaud, venu d'Afrique du Nord, avec un anticyclone bien installé. Désormais, le flux bascule au nord-ouest : de l'air polaire arrive, un air qui vient du Groenland ou du pôle Nord. Il se réchauffe un peu en traversant l'Atlantique, mais reste froid, notamment en altitude. Et c'est essentiel : l'écart entre la température au sol et celle en altitude va créer une forte instabilité.
Les nuages vont donc se développer verticalement et provoquer des averses. Certaines pourront donner de la neige fondante jusqu'en plaine, ou en tout cas sur les hauteurs, car il suffira de 5 ou 6 °C pour voir apparaître des flocons. L'air en altitude sera tellement froid que la neige n'aura pas le temps de fondre avant d'atteindre le sol. Ce seront tout simplement des giboulées de mars, un phénomène que l'on n'avait pas observé de façon marquée depuis longtemps. Et on s'oriente vers un épisode frais assez durable."
Radio SCOOP : C'est donc ça, ces fameuses "giboulées de mars", dont on parle chaque année, sans savoir exactement de quoi il s'agit ?
Guillaume Séchet :
"Exactement. C'est de l'air très froid en altitude alors que le soleil commence à réchauffer le sol. On peut donc avoir de la neige alors que les températures sont relativement élevées, 5 à 7 °C. Cela surprend, mais c'est lié à la masse d'air froid située au-dessus de nous."
Radio SCOOP : Quels sont précisément les secteurs concernés par les chutes de neige ?
Guillaume Séchet :
"Il faut être précis. On voit circuler, sur certains sites, des informations trop généralisées. À Lyon, par exemple, il pourra tomber du grésil ou de la neige fondante, mais elle ne tiendra pas au sol. Pour voir les sols blanchir, il faudra monter à 400 ou 500 mètres, sur les monts du Lyonnais.
Aucun épisode de neige significatif ni de verglas n'est prévu sur Lyon ou dans l'agglomération.
Les averses auront lieu principalement mercredi et jeudi, puis elles s'estomperont rapidement. Vendredi, un temps plus sec reviendra, mais pas forcément plus doux.
Un autre point important : le retour des gelées. Pas forcément dans Lyon même, mais autour, on pourrait descendre vers –1, –2 ou –3 °C, davantage encore en altitude. Et comme la végétation est très en avance cette année, cela pourrait provoquer des dégâts si les gelées descendent sous –2 °C."
Radio SCOOP : Les maraîchers craignaient ce retour du gel, alors que les bourgeons sont déjà sortis… Faut-il s'attendre à un impact sur les productions agricoles ?
Guillaume Séchet :
"Oui, on a deux à trois semaines d'avance sur la végétation. C'est devenu assez classique ces dernières années, avec des printemps très précoces. Mais ça ne veut pas dire qu'on est à l'abri d'un refroidissement tardif. Au contraire, ces descentes froides sont même un peu plus fréquentes.
On n'attend pas des gelées à –5 °C, mais il faudra surveiller vendredi matin et surtout samedi matin, où il pourrait faire encore plus froid. Ensuite, un petit redoux est probable, mais on ne retrouvera pas les 18 ou 20 °C que l'on a connus. Le flux restera orienté au nord-ouest, avec de l'air frais venant du Groenland ou de l'Atlantique. Le "vrai printemps" n'arrivera probablement pas avant début avril."
Radio SCOOP : Certains articles emploient le terme de "bombe de froid". Est-on face à ce type de phénomène ?
Guillaume Séchet :
"Ce sont des termes sensationnalistes, faits pour attirer le clic. La situation n'a rien d'exceptionnel en soi. On a déjà vu de fortes chutes de neige fin mars à Lyon, voire en avril. Ce qu'il faut retenir, c'est surtout le contraste avec les derniers jours.
Vendredi ou jeudi, on sera environ 7 °C en dessous des normales, mais on ne battra pas de records de froid. En revanche, ces dernières semaines, on a battu de nombreux records de douceur. C'est surtout cela qui est remarquable : on s'habitue plus facilement à la douceur qu'au froid."
Radio SCOOP : Et le vent va renforcer cette impression de froid ?
Guillaume Séchet :
"Oui, la bise va se lever à Lyon et c'est très important : elle va accentuer le ressenti. Jeudi, par exemple, la température maximale prévue est de 8 °C, mais avec le vent, on aura l'impression qu'il en fait 2. Le vent soufflera fort plusieurs jours, car le flux de nord-ouest s'engouffre dans les vallées de la Saône et du Rhône. Ce n'est pas le mistral, mais ça y ressemble."
Radio SCOOP : Et au-delà de 500 m d'altitude ? Y aura-t-il beaucoup de neige en montagne ?
Guillaume Séchet :
"Oui, il va pas mal neiger. Pas forcément énormément sur les monts du Lyonnais, qui culminent à 800–900 m, mais davantage sur le Massif central, notamment en Haute-Loire, et sur le Pilat où l'on pourra avoir plusieurs dizaines de centimètres.
Sur le nord des Alpes, ce sera une très bonne nouvelle : cela prolonge une saison de ski déjà excellente. Au-dessus de 1300–1500 m, l'enneigement est important depuis le début de l'hiver. On pourrait rajouter 50 cm d'ici le milieu de la semaine prochaine. Cela garantit du ski jusqu'à Pâques."
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