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VIOLENCES CONJUGALES : "PARTIR, CE N'EST PAS SI FACILE..."

Mercredi 25 Novembre - 05:02

Actu. locale


Emilie a été victime de violences conjugales lorsqu'elle était enceinte. Elle témoigne pour Radio Scoop. - © Gaël Berger
Dans le cadre de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, ce mercredi 25 novembre, Radio Scoop a recueilli le témoignage d'Émilie, victime de violence conjugale il y a quatre ans.


Quand les violences ont-elles débuté ?
Tout a commencé après 3 ou 4 mois de grossesse : des menaces, des agressions, puis des claques, d'abord espacées dans le temps, puis de plus en plus rapprochées. Dans le même temps, il y eu des intimidations, comme une casserole d'eau bouillante au-dessus de la tête, en menaçant de la renverser sur moi. Et puis, il y avait aussi des menaces de mort, au quotidien : il me disait qu'il tuerait n'importe qui pour son enfant, moi y compris.

A-t-on la sensation de ne pas voir le bout du tunnel ?
Oui, c'est difficile à cause d'une emprise psychologique. On se rend compte que c'est grave, que quelque chose ne va pas mais on n'arrive pas à réaliser la gravité des faits. On est en état de sidération permanente et on s'en rend compte une fois que c'est terminé. Lorsqu'on prend du recul, on se dit « mais j'ai supporté tout ca » !

Quand est-ce que ça s'est arrêté ?
Quand la police est venue l'arrêter pour une autre affaire, une semaine après la naissance de mon fils, pour des faits qui se sont déroulés le soir même de la naissance... À ce moment-là, on ne se rend pas compte de ce qui passe. Lorsqu'il s'est retrouvé en détention provisoire, je me suis sentie en sécurité et j'ai parlé de ce que j'ai subi. J'ai déposé plainte à ce moment-là.

La question qui revient souvent dans cette situation, c'est : pourquoi n'êtes-vous pas partie ?
On me l'a dit et demandé plusieurs fois ! D'autant que j'avais toujours dit que celui qui lèverait la main sur moi n'était pas né… ça ne m'a pas empêché d'être dans cette situation. Mais c'est compliqué parce qu'il y a l'emprise psychologique, vous avez parfois peur, vous avez parfois honte, et certaines aiment leur bourreau. Et parfois, vous habitez avec la personne, vous êtes mariés ou vous avez un enfant… Ce n'est pas si simple de prendre ses affaires sous le bras et de partir, parce que ceux qui agissent comme ça vont continuer à vous traquer.

Que faut-il pour passer le cap et arriver à fuir ?
Du courage, de l'aide et du soutien. Celui des proches est fondamental, parce que vous avez besoin d'être soutenue, comprise mais surtout pas jugée. Ça peut arriver à n'importe qui : peu importe sa classe sociale, son âge, sa religion, ses croyances…

Quels conseils pourriez-vous donner à celles qui vivent la même chose ?
Le meilleur conseil qu'on peut donner, c'est de trouver un moyen de partir, pour votre sécurité comme pour votre liberté. Il y a plusieurs options : en parler à un proche, à un professionnel de santé, à une association, appeler le 3919, consulter une plateforme en ligne ou encore aller directement à la police. Même si, une fois encore, ce n'est pas si facile.

Aujourd'hui, vous sentez-vous sereine ou êtes-vous apaisée ?
J'ai eu peur pendant trois et demi, mais depuis quelques mois, je me sens sereine. J'ai entamé un travail sur moi-même, avec l'aide de professionnels de santé, pour apaiser mes craintes. J'avais un syndrome post-traumatique : je ne supportais pas qu'on sonne chez moi, qu'on m'appelle ou qu'on m'envoie un message avec un numéro inconnu. Je me mettais à trembler comme une feuille. Ça me faisait un vrai blocage. Mais ce n'est pas une honte : si vous avez un traumatisme, faites vous aider et on revit derrière.

Vous vous sentez beaucoup mieux ?
Oui, depuis que j'ai cassé cette emprise. Même si nous n'étions plus ensemble, j'avais peur qu'il vienne se venger, peur qu'il vienne chez moi, à mon domicile, peur qu'il aille voir mon fils. Maintenant, je me sens beaucoup plus apaisée. Cette peur est toujours dans un coin de ma tête, le danger peut être toujours là mais je le vis beaucoup mieux et ça ne me hante plus autant qu'avant. Ça ne joue plus sur mon état physique. Si je croise quelqu'un qui lui ressemble dans la rue, je n'ai plus les tremblements ni le cœur qui palpite.

Aujourd'hui, avez-vous réussi à retrouver une vie sentimentale ?
Oui, je me suis remise avec quelqu'un et ça se passe très bien.